Chronique de la bêêêtise au quotidien

“l’inégalité naturelle (…) est insupportable, dire que bon nombre de femmes blanches sont plus belles que bon nombre de femmes noires est un acte raciste ou ethnocentrique.” dénonce le Grand Charles.

Je dois avouer ne pas avoir été confronté á une idiotie de ce niveau depuis, hmm, que j’ai entendu l’inénarrable Noachovitch ici. Mais celle-ci officiant chez Courbet, on lui passera plus aisément son populisme éhonté qu’à quelqu’un qui se présente comme le redresseur éclairé des torts de notre société en déliquescence.

Car il faut tout de même avoir un certain aplomb pour prétendre qu’il existerait une inégalité naturelle entre femmes blanches et femmes noires, arabes ou métisses quant á la beauté – ou quoi que se soit d’autre. Au passage, notons que l’auteur emploie l’adjectif  pour le moins révélateur “typée”, comme si les blanches étaient moins typées que les autres. Mais il faut surtout faire preuve d’un ethnocentrisme crasse et d’une incapacité flagrante à remettre le beau dans son contexte historique et social qui fait que selon les cultures, les époques l’imaginaire universel de la beauté s’incarne dans des modèles différents. En un mot, que le moche et le beau se construisent, se négocient au quotidien, dans les médias, la mode, les discours qui nous pénètrent et nous font penser, agir, juger autant que nous agissons, jugeons et pensons. Bref, point d'”inégalité naturelle” mais plus certainement des inégalités acquises dont il faut faire la généalogie et dont il convient ensuite de questionner la légitimité.

Il faudra donc dire au Grand Charles qui, sous couvert de dénoncer la bienpensance, professe des inepties, que la reconnaissance du beau, qu’il soit physique comme artistique d’ailleurs, engage un peu plus que le jugement qu’il semble supposer  “naturel” porté par le regard d’une personne sur une autre. Ainsi et sans vouloir ni prétendre en faire l’analyse exhaustive, si les mannequins noires sont sous-représentées dans les défilés et les gravures de mode, cela ne tient certainement pas á une nature plus parcimonieuse dans sa distribution de la beauté ! (sic)

Ce qui est navrant avec ce genre de commentaire c’est qu’on est en droit de se demander si son auteur ne nous éclairera pas prochainement sur les critères physiques de cette inégalité entre les hommes (enfin les femmes, car c’est bien essentiellement d’elles dont il est question dans ce consumérisme croissant des corps). En attendant, on se demande bien ce que celui dont il semble se réclamer, Charles Baudelaire, trouverait á dire de ses commentaires nauséeux, lui qui ne trouvait pas la beauté des blanches si indubitablement supérieure.

Enfin l’analyse qui prétend débusquer derrière le refus d’accepter une soi-disant inégalité naturelle confère à un néo Mc Carthisme:  toute discussion des canons de la mode est rendue de facto impossible car elle serait inspirée par un socialisme rampant. Evidemment l’auteur ayant préalablement pris le soin d’associer égalité avec socialisme, on ne pourra pas lui opposer que nombreux des inspirateurs de l’idéal d’égalité de la révolution française, bourgeois libéraux á l’image d’un Voltaire, avaient bien peu á voir avec le socialisme caricatural qu’il décrit. Mais ce raccourci opportun permet, il est vrai, de refuser de poser les questions politiques en les diluant dans une vision “economiciste”.

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Let this diversity of opinions be propounded to, and laid before him; he will himself choose, if he be able; if not, he will remain in doubt. "Che non men che saver, dubbiar m' aggrata." ["I love to doubt, as well as to know."-- Dante, Inferno, xi. 93] for, if he embraces the opinions of Xenophon and Plato, by his own reason, they will no more be theirs, but become his own. Who follows another, follows nothing, finds nothing, nay, is inquisitive after nothing. "Non sumus sub rege; sibi quisque se vindicet." ["We are under no king; let each vindicate himself." --Seneca, Ep.,33]"
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