médias et démocratie : enseignements danois

Avertissement : ce qui suit n’est pas une fable utopiste, pas plus qu’un compte d’Andersen au temps de la TV réalité !

Je regardais ce soir à partir de 20h30 une emission spéciale sur DR2 (le France 3 danois, si l’on veut) concernant la “guerre contre le terrorisme” (l’expression de W. Bush reprise de l’anglais est largement passée ici dans le langage courant) depuis 6 ans. Au programme 2h d’un “multilogue” construit et instructif avec un panel de 8 7 invités dont les ministres de la Défense et des Affaires Etrangères, le (enfin la) leader des Socio-démocrates, première force d’opposition et le très populaire numéro 2 – né en Syrie et naturalisé danois – de ce qui serait en France, la 3e force de Bayrou.

En face, pour les interroger, une vingtaine de témoins, des experts en défense, un jeune soldat passé par l’Afghanistan, des professeurs d’université spécialistes de questions internationales, du Moyen-Orient, un représentant de Think Tank Afghan, des immigrés originaires de la région, etc. Le tout était animé par un journaliste trentenaire, tenace, vif, aux antipodes du ronron bienvaillant mais stérile de ses collègues sexagénaires francais.

Les questions de nos témoins, loin des préoccupations nombrilistes des 100 francais servies par TF1 il y a quelques semaines, sont précises, intelligentes, argumentées. Lorsque ceux-ci n’obtiennent pas les réponses attendues, ils insistent, reformulent la question, développent leur point de vue. Le comble ? Notre jeune soldat qui exprime publiquement et sans détours les doutes que son expérience sur le terrain lui inspirent quant à l’optimisme mesuré affiché par ministre de la Défense en personne ! A aucun moment les invectives entre politiciens de bords différents ne prennent le pas sur les réponses construites et pédagogiques même si les différences d’appréciation sont réelles. Au lieu de s’interromprent mutuellement et de hausser le ton, nos politiques lèvent le doigt pour demander un droit de réponse et attendent patiemment leur tour tout en écoutant les autres s’exprimer. Au cours de ces 2h, on prend le temps de discuter, avec un niveau de précision rarement observé en France, les causes du terrorisme, la situation iraquienne, le rôle du Danemark en relation avec l’OTAN ou les Etats-Unis, les modalités de la coopération diplomatique et militaire européenne, les problèmes stratégiques que pose la situation au Sud de l’Afghanistan, le nucléaire Iranien et les liens entre tous ces pays. Pas de clichés, pas de vacuité mais l’exposition polyphonique des priorités, des motivations et des logiques d’action et surout une réelle volonté de chacun de contribuer pour le bénéfice de tous à ces problématiques dont chacun semble bien comprendre qu’elles font partie de la marche d’un monde commun au delà du replis et des frontières symboliques des Etats.

Bref, un moment de télévision intelligent qui fait plaisir et rassure mais qui ne peut que surprendre celui qui l’observe à l’aune des standards télévisuels qui prévalent en France à ce jour. Plus encore que l’absence de cette ouverture et de cette volonté farouche de comprendre dans les médias, ce sont les modalités surannées de leur traitement qui semblent préjudiciables: ethnocentrisme, superficialité, refus des questions de fond au profit des raccourcis cathodiques, des effets de manche ou de l’auto-promotion, (on pense ici, entre autres, à ce bon M. Douste.Blazy…) impossibilité de dépasser le langage convenu et largement langue de bois. Qui peut, par exemple, sérieusement imaginer un simple soldat interpeller son ministre de tutelle devant les caméras ?! En un mot, c’est rafraîchissant et cela prouve que les médias, TV traditionnelle autant que web2.0 peuvent nourrir la pratique de la démocratique en faisant le pari de l’intelligence de leur audience et en engageant un dialogue qui ne se résume pas au populisme démagogique.

De lá à ce que celá ce passe prochainement sur TF1 ou France Télévisions…

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Let this diversity of opinions be propounded to, and laid before him; he will himself choose, if he be able; if not, he will remain in doubt. "Che non men che saver, dubbiar m' aggrata." ["I love to doubt, as well as to know."-- Dante, Inferno, xi. 93] for, if he embraces the opinions of Xenophon and Plato, by his own reason, they will no more be theirs, but become his own. Who follows another, follows nothing, finds nothing, nay, is inquisitive after nothing. "Non sumus sub rege; sibi quisque se vindicet." ["We are under no king; let each vindicate himself." --Seneca, Ep.,33]"
Montaigne - Essais I, XXVI, Of The Education of Children
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